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Le Viagra : contre la transmission du paludisme ?

En augmentant la rigidité des globules rouges infectés par l’agent du paludisme, le Viagra favorise leur élimination de la circulation sanguine et pourrait donc réduire la transmission du parasite de l’homme au moustique.

image au microscopele moustique femelle Anopheles gambiae transmet le parasite du paludisme lors d’un repas sanguin.
© Inserm/EMBL/Blandin, Stéphanie/Panagiotidis, Christine

L’éradication de cette maladie nécessite donc le développement de nouveaux types de traitements contre les formes sexuées du parasite pour bloquer cette transmission et ainsi éviter la dissémination du parasite dans la population.

Plasmodium falciparum, le parasite responsable du paludisme, a un cycle de développement complexe se déroulant pour partie chez l’homme et pour partie chez le moustique anophèle. Les traitements contre le paludisme ciblent les formes asexuées de ce parasite, responsables des symptômes, mais pas les formes sexuées transmises de l’homme au moustique lors d’une piqûre.

image au microscopeA gauche, le globule rouge infecté se déforme pour pouvoir passer le filtre de la rate. A droite, après traitement avec un inhibiteur de phosphodiestérase, comme le Viagra, le globule rouge infecté est rigide.
© 2015 Ramdani et al.

L’équipe

Cette étonnante découverte, réalisée par l’équipe de Catherine LAVAZEC et celle de Gordon LANGSLEY à l’Institut Cochin (CNRS, Inserm, Université Paris Descartes) et à l’Institut Pasteur en collaboration avec une équipe de la London School of Tropical Medicine and Hygiene, pourrait être à l’origine d’un traitement réduisant la propagation du paludisme dans la population. Leurs travaux sont publiés dans la prestigieuse revue PLOS Pathogens le 7 mai 2015.

L’étude

Schéma de l'étude Schéma de l’étude
© Catherine Lavazec

Les formes sexuées du parasite se développent chez l’homme dans des globules rouges séquestrés dans la moelle osseuse avant d’être libérés dans le sang. Ils sont alors accessibles aux moustiques qui peuvent les absorber lors d’une piqûre. Or, les globules rouges circulants, parasités ou non, sont déformables, ce qui évite leur élimination par la rate : cet organe, qui filtre le sang en permanence, ne retient en effet que les globules rouges rigides, vieux ou anormaux. Mais les globules rouges parasités, déformables, traversent aisément la rate et persistent plusieurs jours dans la circulation sanguine.

Dans une nouvelle étude, des scientifiques ont donc cherché à rendre plus rigides les globules rouges infectés. Ils ont montré que la déformabilité du globule rouge parasité est régulée par une voie de signalisation impliquant l’AMP cyclique. Quand les molécules d’AMP cyclique s’accumulent, le globule rouge devient plus rigide. Or, l’AMP cyclique est dégradé par des enzymes appelées phosphodiestérases, qui favorisent donc par leur action la déformabilité des globules rouges.

A l’aide d’un modèle in vitro reproduisant la filtration de la rate, les chercheurs ont identifié plusieurs molécules pharmaceutiques qui inhibent les phosphodiestérases et peuvent donc augmenter la rigidité des globules rouges infectés. Un de ces inhibiteurs est le sildenafil citrate, plus connu sous son nom commercial de « Viagra ». Les auteurs ont montré que cette molécule, à la dose habituellement administrée, a le potentiel d’augmenter la rigidité des formes sexuées du parasite et ainsi de favoriser l’élimination des globules rouges parasités par la rate.

photo de Catherine LAVAZEC
« Il s’agit d’une première étude in vitro, une preuve de concept. Nous souhaitons mener une étude in vivo chez l’homme, mais son début ne surviendra pas avant au moins un an. »

Catherine LAVAZEC
CR1 CNRS, Institut Cochin



Cette découverte ouvre la voie à une nouvelle approche pour bloquer la propagation du paludisme à travers la population. Modifier le principe actif du Viagra pour éviter son effet érectile, ou tester des molécules similaires dépourvues de cet effet secondaire pourrait en effet déboucher sur un traitement contre la transmission du parasite de l’homme au moustique.

Source

Article
  • Titre : cAMP-signalling regulates gametocyte-infected erythrocyte deformability required for malaria parasite transmission
  • Revue : PLOS Pathogens, 7 mai 2015
  • Auteurs : Ghania Ramdani, Bernina Naissant, Eloise Thompson, Florence Breil, Audrey Lorthiois, Florian Dupuy, Ross Cummings, Yoann Duffier, Yolanda Corbett, Odile Mercereau-Puijalon, Kenneth Vernick, Donatella Taramelli, David A. Baker, Gordon Langsley, Catherine Lavazec.
Contacts

E-mail : @ Catherine LAVAZEC
Tél: 01 40 51 64 37 / 06 66 67 46 76
Adresse : Institut Cochin, équipe labo
Site internet : page du laboratoire sur le site de Cochin / Inserm.

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